Interview
Un article Forum des Communes - Date de publication : 13/07/2012
Lucile Frassy (Versailles)
"Je voulais créer un lieu chaleureux où il fait bon lire et échanger"
Lucile Frassy, fondatrice et gérante de la Librairie Salon de Thé
Lucile Frassy est l’une des 4 lauréates ayant remporté le 4 juillet dernier le Trophée Femmes Chefs d’Entreprise. Un concours organisé par l’agglomération de Versailles. Après les classes préparatoires littéraires et un DESS en gestion des entreprises, Lucile découvre le monde de l’entreprenariat. C’est le déclic. Elle veut monter sa petite entreprise. Et le projet a beau se monter en 2008, en pleine crise financière, elle se lance dans l’aventure. Aujourd'hui âgée de 27 ans, elle a ouvert en mars 2011 sa librairie salon de thé, baptisée L’heure des mamans. Pour nous, Lucile revient sur ces quatre dernières années au cours desquelles son projet s’est écrit. Rencontre….    

Pourquoi ouvrir une librairie salon de thé ?
Le livre est un univers particulier qui me passionne. Lors de mes voyages à l’étranger, j’ai découvert de nombreuses initiatives qui m’ont inspirée pour créer ma propre vision d’une libraire.

Laquelle est-elle justement ?
En Belgique, il y a la Maison de la Littérature et de la Jeunesse qui est à la fois une librairie, un centre culturel et un lieu d’échanges. En créant ma librairie, j’avais envie de retrouver cette pluralité et d’être à l’origine d’un lieu chaleureux, propice à la lecture, et qui puisse redonner du lien.

Vous êtes très jeune, qu’est-ce qui vous a poussé à entreprendre ?
Mon DESS m’a confortée dans mon envie de créer. L’idée de ne partir de rien, de construire un projet tel que je le conçois, et d’œuvrer pour cela me plaît. Et puis c’est aussi la liberté de tout choisir. C’est trépident !

Qu’est-ce qui est le plus difficile à gérer ?
Une fois que j’avais mon plan de financement, les prêts et le local, j’avais toutes les cartes en main pour commencer concrètement mon projet. C’est à ce moment-là qu’on est face aux réalités. Il faut voir ce qui était réalisable et renoncer à certaines choses… Il me restait tout à faire. C’est, je trouve, la partie la plus intéressante mais aussi la plus stressante.

Pour quelles raisons ?
On dépend de nombreux interlocuteurs, entre les artisans, les fournisseurs, les organismes financiers. Il faut également constituer des dossiers et faire face aux retards et aux imprévus… Cette cartographie de personnes qui gravitent autour du projet est la plus compliquée à gérer. Il faut que tout s’articule bien pour tenir les délais. Mais, à ce niveau, ça ne dépend plus que de moi.

De quelles aides financières avez-vous bénéficié ?
Au total, j’ai bénéficié de 135 000 euros de prêt qu’il me faut rembourser sur des délais assez courts, ce qui engendre des mensualités élevées. Il y a un prêt bancaire de 100 000 euros (remboursement sur 7 ans), un prêt d’honneur de l’Aface d’un montant de 25 000 euros (remboursement sur 3 ans) et un prêt du FGIF, le Fond de Garanti à l’Initiative des Femmes, d’une valeur de 10 000 euros (remboursement sur 5 ans).

Pouvez-vous nous donner plus de détails sur le FGIF ?
C’est une aide qui ne s’adresse qu’aux femmes entrepreneurs. L’intérêt de ce fond est qu’il  offre un volet « prêt » et un volet « caution ». Ce deuxième volet apporte un complément qui permet de ne pas se porter caution. C’est une sécurité supplémentaire.

Ces aides connaissent-elles des limites ?
Ce sont des organismes très sollicités et qui sont très lents dans les démarches… Le problème, c’est que les entrepreneurs dépendent d’eux. On ne peut rien débuter sans eux. A cause des temps d’attente, j’ai  failli rater l’acquisition de mon local. Cela dit, il est toujours bon de pouvoir en bénéficier, même si cela engendre des contraintes supplémentaires.

Pourquoi les organismes en lien direct avec l’univers du livre, comme le CNL, ne vous ont-ils pas aidée ?
Cela fait aussi partie des limites. Les aides propres à la librairie indépendante, comme l’ADELC et le CNL, qui se proposent d’entrer dans le capital à hauteur de 5%, n’ont pas retenu mon projet. Ils ont une vision assez traditionnelle de la libraire, qui peut se défendre, et qui n’intègre pas  d’autres concepts  un peu plus transversaux, comme mon envie d’intégrer un salon de thé.

Aujourd’hui, quel est le principal frein à votre développement ?
Le poids des charges ! Tant qu’on ne le vit pas, on n’y réfléchit pas. Une fois l’activité lancée, c’est une vraie difficulté… Le RSI est une usine à gaz, très complexe. Il faut aligner rendez-vous sur rendez-vous et les montants de cotisation sont considérables alors qu’on débute et qu’on ne se verse même pas de salaire ! Le Loyer est également un problème, surtout en Ile-de-France. Pour mon local de 75m2, je paye 2300 euros TTC par mois. Après, je suis située dans la rue commerçante principale de Versailles. Forcément, ça a un coût. Mais, il devient de plus en plus difficile d’ouvrir et de développer un commerce de proximité en ville…

Après une première année d’activité, votre chiffre d’affaire a-t-il progressé ?
La librairie a connu une progression de 17% pour les mois d’avril et mai, et une progression de 16% pour le mois de juin si l’on compare 2011 et 2012.

Quel est le montant du panier moyen ?
Un peu plus de 20 euros. Je suis au dessus du niveau national. La librairie est située dans une ville avec un public qui s’y prête aussi.

Votre activité vous a-t-elle permis d’embaucher ?
J’ai eu une employée à temps plein entre septembre et décembre 2011. Mais j’ai du y renoncer car les charges étaient trop lourdes pour l’entreprise. Ca a même affaibli le projet. L’embauche a avalé tout le bénéfice que j’avais pu faire.

Comment envisagez-vous la suite ?
Durant la première année, j’ai commis quelques erreurs. 2012 est une année de prudence où je cherche à me refaire une santé financière et à optimiser l’offre et la gestion. Décembre est un mois décisif chez les libraires, c’est un peu le baromètre pour savoir si on a fait une bonne ou une mauvaise année. En janvier 2013, viendra l’heure d’un premier bilan.

Pourquoi avoir participé au Trophée Femmes Chefs d’Entreprise ?
Je trouvais l’idée de réunir et de faire se rencontrer des femmes entrepreneurs intéressante. Quand on se lance à la tête d’un projet, on est un peu seule à bord de son bateau. C’est agréable et rassurant de pouvoir échanger avec des personnes qui vivent la même chose que vous. Et puis le trophée est aussi la reconnaissance d’un travail et d’une ambition. C’est précieux.

Des projets ?
J’aimerais développer un équivalent de L’heure des mamans mais pour les papas… Quoi qu’il arrive, je veux continuer sur cette déclinaison d’espaces à thèmes.

 

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