Premiers constats : un manque de places et une déscolarisation contrainte
En 2010, la France comptait 2,4 millions d’enfants âgés de moins de trois ans. Avec 827 000 naissances en 2011 et une augmentation de la population annuelle estimée en moyenne à 0,5%, les demandes de gardes collectives (crèches et maternelles) vont obligatoirement augmenter, creusant un peu plus l’écart entre l’offre et la demande.
On estime déjà entre 300 000 et 400 000 le nombre de places manquantes à la prochaine rentrée scolaire. Une carence que les 25 255 places créées en accueil collectif en 2011, sur les 26 963 prévues par le gouvernement, ne vont pas pouvoir combler.
Faute de place, les parents sont aujourd'hui contraints de renoncer à scolariser les enfants de moins de trois ans. Entre les rentrées de 2000 et de 2011, le taux de scolarisation de la petite enfance a connu une profonde chute en passant de 35% à seulement 11,6%.
Des assistantes maternelles à domicile mal réparties sur le territoire
Lorsque les places manquent en crèche, il y a toujours la possibilité de se tourner vers l’assistance maternelle à domicile. Encore faut-il la trouver… En 2011, bien que 65 700 enfants supplémentaires aient été pris en charge par ce mode de garde, le nombre et la répartition sur le territoire des assistantes maternelles à domicile ne suffisent pas à couvrir les besoins des familles, du moins dans les villes à forte densité de population. Tandis que dans certaines zones rurales ces assistantes peinent à trouver des enfants à garder, il tient parfois du miracle d'embaucher une nourrice pour les familles en région parisienne. Ainsi, les inégalités territoriales s’ajoutent aux carences de places dans les crèches et les maternelles.
Pour mettre un terme à ce « phénomène », François Hollande s'est engagé lors de la campagne présidentielle à mettre en place un véritable « service public de la petite enfance » au cours de son quinquennat.
Avant lui, en 2006, la droite avait elle aussi marqué son engagement par la création entre autres du contrat enfance jeunesse (Cej). Après 6 ans d’existence, le Cje ne semble pas avoir de réelles répercussions sur les carences liées à la petite enfance.
Le Cej manquerait-il à ses fonctions ?
Le contrat enfance jeunesse (Cej) a été créé pour remplacer le contrat enfance (Ce) et le contrat temps libres (Ctl). Cette fusion devait simplifier les actions sur le terrain et permettre d’analyser plus facilement et plus clairement les demandes en matière de garde d’enfants, en allant par exemple à la rencontre des familles pour connaître leurs besoins.
Si sur le papier le Cej prend une jolie tournure, la récente étude réalisée par la Cnaf, auprès de 300 élus communaux, vient mettre à mal le contrat. Dans « 70 % des cas, les familles n'ont été ni associées, ni consultées lors de l'élaboration du CEJ ». Un manquement à sa fonction, pourtant décisif dans la mise en place d’un plan d’action. Cela expliquerait-il le fossé qui se creuse entre les actions des élus et les besoins des familles ? Lorsque 70% des élus sont persuadés de satisfaire les demandes en matière de petite enfance, il semble que le Cej, en manquant à ses fonctions, ait une part de responsabilité dans l’écart de plus en plus vaste entre offres et besoins.
Parmi les 300 élus interrogés dans le cadre de l’étude, 82% considèrent qu’ils ont une « bonne connaissance des besoins » alors qu’ils sont 44% à avouer ne pas connaître précisément le nombre d'enfants de moins de 3 ans vivant sur leur commune. Avec un tel paradoxe, comment instaurer une politique de la petite enfance juste et efficace ?
Une solution alternative : la micro-crèche
Alors que 10% des élus interrogés ont prévu la création d’un RAM (Relais d’Assistantes Maternelles) dans un avenir proche, certaines communes se mobilisent pour trouver des solutions. C’est le cas de Notre Dame de la Rouvière qui a ouvert en février dernier sa première micro-crèche. Une petite structure de garde collective alternative qui permet aujourd’hui d’accueillir les enfants de la commune ainsi que ceux du canton de Valleraugue, situé à une dizaine de kilomètres, qui auparavant ne disposaient pas toujours d’un lieu d’accueil.
C’est avec l’aide de Martin Delord, président de la communauté de commune de l’Aigoual et de la Caf du Gard, que l’association Familles Rurales du Gard a pu concrétiser ce projet de garde alternative. La micro-crèche de Notre Dame de la Rouvière permet aujourd’hui à une quinzaine d’enfants de la commune et des environs d’accéder à un espace d’accueil où ils peuvent faire leurs premiers pas dans la vie en communauté.
Retrouvez dès maintenant notre entretien avec Mme Violaine Bertrand, directrice de la micro-crèche Les petits lutins. Elle revient sur les différentes étapes qui ont été nécessaires à la mise en place de la structure.

Sources et informations complémentaires :
INSEE – Janvier 2012
CNAF – 2012
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